[Les multiples facettes du blocage en anglais, partie 2]
“Je traduis tout dans ma tête !”… “Je n’arrive pas à penser en anglais”… “Comment on dit ça en anglais ?”
Traduire dans sa tête du français vers l’anglais pendant que l’on parle, c’est très courant. C’est d’ailleurs l’un des principaux problèmes évoqué par mes élèves de niveau intermédiaire quand on discute de leurs blocages à l’oral. Et souvent, ils se trouvent démunis car ils ne voient pas comment changer les choses.
Faudrait-il traduire plus vite ? Connaître davantage de vocabulaire pour ne plus bloquer dès qu’il nous manque un mot précis ? Réussir à penser en anglais ; est-ce vraiment possible ? C’est ce à quoi l’on s’intéresse dans cet article.
Traduire dans sa tête, c’est frustrant !
Si vous traduisez dans votre tête quand vous parlez, vous connaissez bien le problème : c’est lent, ce que vous dites est rarement naturel et fluide, vous fatiguez vite. De plus, vous avez des blancs ou hésitations dès qu’il vous manque un mot ; vous n’arrivez pas à exprimer les choses autrement. Et à force de traduire mot par mot, phrase par phrase, vous perdez parfois même le fil de vos idées. Ces allers-retours constants entre le français et l’anglais sont épuisants.

Les différentes approches que j’ai repérées
Tous les élèves n’ont pas le même rapport à la traduction. Voilà quelques unes de mes observations.
- Certains élèves traduisent tout ; d’autres traduisent ce qui ne leur est pas familier.
- Les élèves qui ont le plus de blancs en anglais sont souvent ceux qui essaient de traduire très précisément ce qu’ils auraient dit en français.
- Les élèves ayant un niveau de langue avancé en français, ont tendance à vouloir exprimer beaucoup de nuance et précision en anglais, mais cela peut les desservir car ils n’ont souvent pas le vocabulaire ni la grammaire nécessaire pour exprimer tant de détails, et ils se perdent donc dans leurs traductions.
Une réalité qu’il n’est pas toujours facile d’accepter : votre vocabulaire en anglais est (pour l’instant) moins développé qu’en français. Et c’est tout à fait normal. Vouloir être aussi précis dès le début, ce n’est pas réaliste et risque de mener à beaucoup de frustration.
Traduire peut mener à davantage d’erreurs
Traduire mot à mot peut être utile si on ne sait vraiment pas comment se dit quelque chose en anglais et qu’on ne trouve pas d’alternative pour exprimer cette idée. Mais c’est une technique qui est loin d’être idéale.
Une phrase typique d’un élève qui traduit directement du français serait “I want that you do this”. On peut voir que la traduction a été faite mot à mot de “je + veux + que + tu + fasses + ça”. La version correcte et naturelle serait “I want you to do this”. La traduction littérale peut ainsi amener à créer des phrases mal construites et peu naturelles.
Un autre exemple de traduction problématique : traduire un temps verbal en mot à mot. Les temps français et anglais n’ont pas d’équivalences exactes, tout est question d’intention et de contexte. Une temps composé en français (en plusieurs “morceaux” comme le passé composé) ne nous donne pas forcément un temps composé en anglais. Ainsi, “j’ai acheté un livre hier” ne se traduit pas par “I am bought a book yesterday” ni “I have bought a book yesterday”, mais bien par « I bought a book yesterday » (« I’ve bought a book », sans préciser “yesterday”, serait acceptable également).
Ainsi, traduire mot à mot va nous amener à faire des erreurs, qui risquent de mener à la confusion pour nos interlocuteurs. La solution est simple : moins traduire ! Cela va permettre gagner en fluidité, dépenser moins d’énergie en construction de phrases, utiliser des expressions plus naturelles. Mais… Comment faire ?

Penser en anglais : une compétence qu’on ne nous a pas apprise
Traduire jusqu’à un niveau A2+/B1, c’est encore faisable, dans le sens où on peut parler en traduisant dans sa tête et s’en sortir. Mais pour des conversations plus longues, pour exprimer des idées plus complexes ou abstraites, pour interagir naturellement et rapidement, on fait vite face à un mur si l’on continue à faire du mot à mot.
A un niveau intermédiaire, on arrive aux limites de cette méthode par traduction, qui nous a pourtant plutôt bien servi jusque là. Et plus on s’est reposé sur cette méthode en niveau débutant/élémentaire, plus les liens français-anglais que l’on a créés sont forts et nombreux, plus on va rester coincé. Heureusement, il est possible de se détacher du français, petit à petit.
A l’école, personne ne nous apprend comment gérer la langue dans notre tête. Les cours sont souvent à moitié français / moitié anglais, beaucoup d’explications et d’exercices sont basés sur de la traduction, les listes de mots sont toujours apprises avec leur équivalence française (ex : on apprend une traduction de type “dog = chien”, plutôt qu’un concept comme “dog = [image mentale d’un chien]”).
On apprend donc une langue en relation à une autre ; on ne nous dit pas comment penser en anglais, comment utiliser la langue indépendamment du français. Résultat : on garde le réflexe de traduire. Et c’est tout à fait normal. Vous ne pouvez donc pas vous en vouloir de traduire : on ne vous a probablement jamais montré une autre façon de faire ! Mais c’est maintenant à vous de prendre les choses en main pour changer les choses.
Arriver à être naturel
Cette sensation de “je ne sais pas forcément pourquoi, mais cette phrase sonne bien comme ça”, c’est souvent un bon signe que vous êtes en train de vous détacher de la méthode de traduction en mot à mot ; ça veut dire que vous avez intégré des notions de grammaire et vocabulaire mais que vous n’êtes pas en train de tout vous repasser en tête avant de parler.
On ne peut pas, de toute façon, connaître sur le bout des doigts toutes les règles de grammaire, tout le vocabulaire d’une langue, et mobiliser tous ces éléments pendant que l’on est en train de parler. L’idée ici, c’est de vous familiariser avec le fait qu’un mot, une expression, un temps verbal, ou une structure, s’utilisent dans un certain type de situation.

Comment moins traduire du français vers l’anglais dans sa tête ?
- Ecouter de l’anglais : c’est souvent en écoutant qu’on va assimiler des structures, retenir qu’un verbe s’utilise plutôt à un certain temps dans un certain contexte, que tel adverbe se retrouve souvent avec tel adjectif… On travaille son oreille et sa mémoire de “ça sonne bien, ça paraît naturel”
- Lire à voix haute en anglais : permet d’avoir les structures sous les yeux et de les assimiler autrement que par l’audio simple.
- S’interdire de passer et repasser du français à l’anglais quand on parle. Certains de mes élèves tentent de parler anglais mais s’interrompent eux-même avec des petits commentaires en français “je devrais le savoir ça”, “mince, j’ai oublié ce mot”, “ah non”. Ces interruptions demandent à votre cerveau de repasser en français, ce qu’il vaut mieux éviter quand vous cherchez à réduire la traduction dans votre tête.
- S’entraîner à exprimer ses idées à voix haute
- Développer des automatismes : apprendre des “blocs” de mots, plutôt que des mots isolés. Par exemple, il est plus intéressant d’apprendre “I’ve never been to [place]” plutôt que de devoir retrouver à chaque fois quel temps et quelle structure utiliser quand on souhaite dire “je ne suis jamais allé à/en [lieu]”.
- Simplifier ses idées : une compétence essentielle pour gagner en fluidité et arrêter de buter sur chaque mot que vous avez oublié.
Notre série d’articles « les multiples facettes du blocage en anglais » vous aide à comprendre ce qui vous empêche de vous exprimer avec naturel et fluidité en anglais. Retrouvez les autres articles sur notre blog.
Pour aller plus loin, n’hésitez pas à télécharger notre guide gratuit “se remettre à l’anglais en 5 étapes”.
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